Entouré d'illustrateurs, je fais le constat qu'il n'existe pas de revue qui leur soit consacrée. Il y a de nombreux titres qui parlent de l'univers de la bande dessinée, mais sans aborder les autres domaines. C'est sur cette base que Marc Bousquet (alors collègue aux éditions Bordas et rôdé au bon fonctionnement des fanzines) et moi fondons les bases de ce que sera rapidement Krabo, le magazine de toutes les illustrations.
Avant d'en expliquer en détails certaines parties, voici un feuilleteur contenant l'intégralité du n°1 (68 pages) qui vous permettra de mieux vous rendre compte de l'objet fini.
En préambule, nous nous concentrons sur un sommaire attractif grâce à nos carnets d'adresses et, à notre grande surprise, toutes les personnes contactées se montrent enthousiastes. Je me lance alors dans la création de la maquette.
La couverture
L'image de couverture et un long dossier sont réservés d'autorité à un petit jeune qui sort à peine de l'école de l'image des Gobelins et que j'ai fait travailler pour Bordas : Sylvain Marc. Il a déjà fait depuis pas mal de chemin et ce n'est qu'un début.
Dommage pour la couverture du n°2 puisque l'image était déjà choisie. Il s'agissait d'une composition signée Yannick Thomé.
Et puis, je réalise un entretien par mail avec Olivier Fontvieille (graphiste œuvrant en indépendant et principalement chez Rampazzo), dont les travaux me parlent souvent. C'est sa production autour des éditions Au Diable Vauvert qui me sert de sujet et c'est cet article qui va déterminer précisémment la mise en page du Krabo.
Des rubriques, comme celle consacrée aux livres, voient le jour et nécessitent une mise en page spécifique (voici celle qui était prévue pour le n°2 et n'a donc jamais vu le jour). Je remercie au passage les éditeurs qui ont joué le jeu en nous envoyant divers services de presse sur notre seule bonne foi.
Un autre but avoué de la revue était de faire illustrer spécialement deux courtes nouvelles par numéro. L'écrivain et traducteur de génie Claro s'est prêté au jeu pour le n°1 et c'est Christophe Paviot qui nous a confié un texte pour le n°2 : Nouvelle Cargaison. Texte que j'ai volontairement fait illustrer par Clément Lefèvre, un jeune talent peu habitué à l'époque à explorer ce genre d'univers mais qui s'en est très bien sorti, même s'il râle encore un peu.
La mise en page tente de laisser la part belle aux images. Ici un autre exemple, sur Le Visiteur, une nouvelle signée Mappleburke. Le Fenwick-tueur du grand Gilles Rapaport méritait bien un tel espace sur la double-page.
Bien sûr, la création d'un journal nécessite quelques documents de communication (lettres, bulletin d'abonnement, cartes de visite, annonce de parution) et j'ai vite décliné logo et typos sur différents supports...
Le plus étonnant est que nous avons obtenu des inédits de certains illustrateurs. Le plus bel exemple étant celui de Serge Clerc qui nous confia deux planches du livre attendu à l'époque comme Métal Hurlant Story et qui sortira finalement un an plus tard sous le titre Le Journal.
Grand souvenir que d'avoir travaillé sur ces planches et sur la mise en page de son entretien. De ces instants privilégiés où on effleure le fantasme adolescent...
Faire un journal à deux c'est bien, mais pas forcément facile à réaliser sur la durée. L'idée éditoriale est donc de contacter des spécialistes de sujets précis autour de l'illustration et de les faire écrire. Bel exemple avec le n°1 puisque Émile Brami, grand spécialiste de l'œuvre de Céline accepte de rédiger un article très pointu sur les tentatives d'illustration du Voyage au bout de la nuit. La pertinence et le professionnalisme de cet article ont certainement attisé encore un peu plus notre exigeance qualitative de départ.